Troisième chapitre :
Quand je suis entré au paradis, je croyais que tout le monde voyait la même chose que moi ou que toutes les familles se retrouvaient et s'enlaçaient.
Mais ce n'est pas ce qui s'est produit. Ce fameux soir de septembre, après que les derniers battements de mon c½ur se soient estompés, j'ai plongé dans un profond sommeil et me suis réveillé, étendu au bord d'un lac.
Etrange coïncidence, vraiment. J'ai soigneusement inspecté les environs, j'ai cherché une quelconque personne susceptible de me renseigner sur les lieux.
Personne. En suivant la courbe du magnifique lac d'un bleu scintillant, j'ai aperçus un sentier charmant entouré de fleurs au parfum doux.
Je l'ai emprunté. Pendant cinq minutes environ, j'ai suivi ce majestueux chemin me laissant submerger par cette odeur fleurie et ses bruits de ruisseaux au loin.
J'avais toujours adoré cela (mes petits rendez-vous avec Andréas avaient portés leurs fruits !). Quelques pas encore et je me suis retrouvé devant un cabanon.
Une jeune femme blonde aux cheveux bouclés y était adossée. Elle ne sembla même pas me remarquer, elle restait là, impassible à regarder minutieusement une longue liste...
<< Bonjour Bill Kaulitz >>, fit-elle calmement.
J'écarquillai les yeux. Elle le remarqua et s'esclaffa.
<< Ton nom vient d'apparaître sur la liste. Je sais donc que c'est toi le nouveau >>. Elle m'examina lentement avant de dire :
<< Ce qui t'est arrivé est horrible Bill, j'en suis désolé >>.
Ainsi donc, ce n'était pas un cauchemar. J'avais bel et bien été souillé par cet enfoiré, j'étais bel et bien mort...
<< Ouais >>, me résumai-je à répondre.
Pendant quelques secondes qui durèrent une éternité, personne ne dit un mot.
Nous restâmes là, entourés par la forêt ensoleillée et j'écoutais le chant des oiseaux, ce son si relaxant... Tout à coup, une question me vint à l'esprit :
<< Pourquoi est-ce que... je vois tout ce que j'aime et j'entends tout ce que j'aime... enfin je veux dire... >>
Elle fronça les sourcils.
<< Toute à l'heure quand je me suis réveillé, c'était près d'un lac et j'adore cet endroit. Ensuite, là, en ce moment j'entends des bruits de ruisseaux, des chants d'oiseaux... tout ce que j'aime en fait !
- Tu est au paradis Bill, rien n'est là par hasard >>.
Un sifflement m'échappa quand je compris. La jeune femme jugea bon de m'expliquer plus amplement :
<< Moi, quand je suis arrivé ici Bill, c'est un stade de foot que j'ai aperçus en tout premier. Ensuite, je suis arrivé ici par des gradins.
- Quoi ? fis-je abasourdi.
- Eh oui, dit-elle, j'avais toujours adoré le foot de mon vivant >>.
Je hochai la tête en guise de compréhension.
<< Le décor est fait pour vous mettre à l'aise >>, rajouta-t-elle.
Je compris que le mot ''vous'' désignait les morts. Je jugeais utile de changer de sujet :
<< Comment vous appelez-vous ? Lui demandai-je.
- Rose, répondit-elle avec un sourire.
- Ca fait longtemps que tu... euh vous êtes ici Rose ?
- Depuis 1982, j'ai vingt-trois ans et tu peux me tutoyer >>.
Nouveau sifflement de ma part.
<< Eh bien Bill, je suis heureuse de t'avoir rencontré, je vais te présenter Frank, c'est lui qui te mènera à ton nouveau logement, expliqua Rose.
- Comment ça, ce n'est pas toi... ?
- Non, navré Bill j'aurais aimé. Je suis simplement chargé d'accueillir les nouveaux, de répondre à toutes leurs questions. Alors quand tu sauras installé, tu pourras venir me voir, ce sera un plaisir. >>
Je baissai la tête, déçu. J'éprouvais déjà de la sympathie pour la jeune femme.
<< Ne t'en fais pas, Frank est très bien aussi >>, dit-elle d'un ton doucereux.
Mes yeux chocolat croisèrent les siens d'un bleu profond et elle m'adressa un mince sourire.
Frank – un homme blond aux lunettes de soleil et à l'apparence d'un moniteur de ski- me mena à un cabanon plus grand, à l'allure charmante.
J'y pénétrais et m'y sentis à l'aise, aussi étonnant que cela puisse paraître.
<< Un jeune homme va venir partager le cabanon avec toi. Il s'appelle Hans.
Je suis sur que vous allez bien vous entendre, vous avez les mêmes centres d'intérêt >>. Frank se retourna vers la porte d'entrée avant se retourner illico.
<< Oh et Bill, il faut que tu me dises ce que tu désir le plus. Qu'est-ce que tu veux par-dessus tout dans notre monde ? demanda-t-il en essayant de bien expliquer.
- Je veux voir les vivants. >>
Il me regarda avec une certaine pitié.
<< Bien entendu >>, me fit-il avant de prendre congés.
Je fis face au lit soyeux, au drap noir. Je m'y allongeais et un soupir m'échappait. Il était moelleux, confortable. Cependant, la douleur revint.
La tristesse était plus forte que le bien être de ce lit superbe.
Car, quand je regardais vers le planché à présent, j'apercevais Andréas, Tom... toute ma famille. Un sanglot m'échappa.
C'était la rentrée ce 3 septembre. Certains se réjouissaient, d'autres en avaient la nausée.
Tom resta dans le groupe de jeunes alors qu'on lui indiquait sa classe.
<< Kaistan Jordan... Kaulitz Tom... >>, annonça le proviseur, Mr. Jeingell.
Lentement, le regard mort, Tom suivit sa classe, s'assit à son bureau... Tous ses gestes étaient lents, dépourvus du moindre enthousiasme.
Il ne voulait pas venir. Il voulait rester à la maison, à espérer... à pleurer sans doutes, à se culpabiliser...
Je n'étais pas de cet avis. Tom n'avait rien à se reprocher dans mon meurtre.
Le seul responsable était Baptiste. Baptiste Schweiss. Baptiste qui était en ce moment sur la route de ces antiques sables mouvants; dans l'espoir de dissimuler mon corps... Lui qui m'avait fait tout ce mal...
Lui qui aller sans tirer sans rien s'il le fallait... S'en était trop. Une fois de plus, je me suis mis à sangloter...
La vie était trop injuste. J'étais heureux. Andréas et moi voulions vivre ensemble, nous voulions annoncer à nos famille respectives le fait que nous soyons ensemble, nous voulions rester l'un auprès de l'autre quoi qu'il arrive... Nous voulions tant de choses... Mais à présent qu'est-ce qu'il nous restait ? La peine, la souffrance ?
Je ne trouverai jamais la paix. Pas tant qu'Andréas serait malheureux du moins...
Mon regard a quitté le visage pâle et d'une tristesse profonde de mon jumeau pour aller se poser sur l'amour de ma vie.
Andréas n'était pas au lycée. Non, il était resté près du lac, à se tordre de larmes et à murmurer mon prénom.
Instinctivement, j'ai tendu les bras vers lui... mais que j'étais bête !
C'est finis Bill tu ne peux plus le toucher... Il ne te reste qu'à le regarder s'effondrer devant toi...
Oh mon amour... Mon amour je suis là, prends moi dans tes bras...
Tu ne peux plus... C'est terminé. Pour toujours.
Et c'est là que j'ai pris conscience du vide qui m'envahissait. Ce trou béant que lui seul pouvait combler... il ne pourra jamais être refermé. Pas tant qu'Andréas serait loin de moi... Et il le serait pour l'éternité...
<< Andy... >> soufflai-je avec désespoir. Il ne pouvait m'entendre, évidemment. Cela me faisait trop mal de le voir. D'entendre ses pleurs, de constater sa souffrance...
Pourtant je ne l'ai pas quitté des yeux. Je l'ai regardé mordre son oreiller jusqu'à le déchirer pour que tout le voisinage n'entende pas ses hurlements de désespoir... Je l'ai regardé tenter de m'observer -simplement en regardant vers le plafond de sa chambre- et me murmurer de revenir... Je l'ai regardé s'écrouler dans sa baignoire et tenter de se noyer. A ce moment j'ai crié << NON ! >> mais je savais bien que je pensais tout le contraire. Je savais bien que je pensais : << Viens Andy, viens et rejoint moi... >>
Sa mère est arrivée. Elle l'a sortit de l'eau et lui a hurlé de ne plus jamais recommencer.
Elle était ahurie. Elle croyait que son fils avait été au lycée comme il le lui avait assuré...
Andy n'a pas répondu, il a simplement gardé ce regard vidé de toutes expressions... Sa mère a fondu en larmes et l'a serrée contre elle. Elle a ensuite pris son menton dans ses mains, a croisé son regard vide et s'en est allé...
Andy l'a regardé. Ensuite un flot de larmes s'est déversé de ses yeux et a coulé le long de ses joues...
Il n'a pas tenté de les retenir. Il n'a rien fait. Seul l'éclat de ses yeux révélait sa peine.
Je me suis rendu compte que je pleurais aussi. Et je ne pouvais m'arrêter tant que je me rendais compte de sa peine...
Je cherchais Mr. Schweiss du regard et je le trouvais, beaucoup plus loin de Magdeburg cependant.
Son plan était excellent, il le savait. Les Flannagan enterrait les restes de mon cadavre (à présent dans un vieux coffre soigneusement verrouillé), sans se douter de quelque chose.
Arrivant près de la demeure, il coupa le moteur de sa vieille auto et sortit pour sonner à la porte du vieux couple. La femme ouvrit, les cheveux grisonnant.
<< Bonjour, commença Schweiss, je viens vous amener quelque chose dont j'espère que vous pourriez me débarrasser.
- Mais bien sûr, où est-ce ? demanda la vieille femme.
- Dans mon coffre.
- Qu'est-ce que vous avez là, un cadavre ? >> Plaisanta le vieil homme qui venait d'apparaître au bras de son épouse.
Mon meurtrier ne détourna pas les yeux lorsque cette plaisanterie parvint à ses oreilles. Il amena le coffre au couple.
<< Qu'est-ce qu'il y a dedans ? demanda l'homme.
- De l'air vicié, répondit Schweiss.
- Eh bien cela va atterrir dans les sables mon cher monsieur ! Vous en serez débarrassé. Ne vous en faites pas ! >>
Un éclat d'euphorie passa dans les yeux de mon meurtrier. Aucune preuve. Personne ne le soupçonnerait... Rien, pas un seul indice. Le vent et la pluie avaient nettoyées mes traces de pas. Elles montraient que j'étais allez chez lui certes, mais elles prouvaient aussi que je n'en étais jamais sorti.
Schweiss avait gagné. Il était beaucoup plus malin que je ne le pensais.
Mais comment allez-t-on savoir ce qui m'était arrivé ? Je savais que je me sentirai mieux que si Schweiss moisissait en prison. Ce qui apparemment n'arriverait pas.
Je détournai mon regard. Aussitôt, j'aperçus mon nouveau co-locataire. Hans, d'après ce que Frank m'avait dit.
<< Hum, salut >> murmura le garçon.
Il était brun, les yeux d'un bleu scintillant mais qui révélait une certaine tristesse.
Il était admirablement vêtu. A mon goût : slim noir, bretelles, t-shirt noir avec motifs Rock...
Il était vraiment beau.
<< Je suis désolé, je... je t'ai vu triste alors... j'ai pas osé parler... >>
Pour la première fois à mon entrée au paradis, j'ai souris.
<< C'est pas grave. Hans, c'est ça ?
- Oui, rougit le garçon. Et toi, tu es Bill ?
- C'est ça. Très heureux d'avoir un peu de compagnie.
- Espérons que tu puisses me supporter ! Plaisanta le jeune garçon.
- J'en suis certain ! >>
Hans avait quinze ans. Il était vraiment sympathique. Je n'osai pas lui demander de quelle façon il était mort... Ses yeux semblaient déjà trop en souffrir ; je craignais qu'il éclate en sanglots.
La nuit été arrivée. Hans s'était retourné dans son lit et j'étais assis sur le mien, toujours en train d'observer les miens. Andréas plus précisément. Sa mère tentait de le convaincre d'aller au lycée.
<< Andy, tu sais bien qu'il faut que tu y ailles... Tu ne peux rien faire au sujet de la disparition de Bill, c'est le rôle de la police chéri... >>
D'un bond, Andréas s'est levé.
<< BIEN SUR !! BILL A DISPARU ET JE NE DOIS RIEN FAIRE ?! JE DOIS CONTINUER MA VIE ET FAIRE COMME SI TOUT ALLAIT BIEN, C'EST CA ?!
- Mon chéri, je n'ai jamais dit que...
- Tu es tellement préoccupée par tes bouteilles depuis que Papa est partit, tu n'as jamais remarqué que quelque chose avait changé en moi depuis quelques temps Maman ! N'as-tu pas remarqué le fait que Bill m'ait rendu heureux ?! >>
La bouche de sa mère s'ouvrit lentement en guise de compréhension.
<< Exactement ! Bill m'a apporté tant d'amour Maman, si tu savais... Un amour que tu n'a jamais réussi à me montrer Maman... >>
Andréas quitta le salon et commença à monter les deux premières marches menant à sa chambre.
<< Si tu sais ce qu'est l'Amour Maman alors tu devrais comprendre que ma vie n'ait plus aucun sens à présent... >>
Une larme glissa sur sa joue et le même phénomène se produisit sur sa mère.
<< Oh Andy, plus rien n'a de sens pour moi aussi... >>
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Impréssions ? J'espère que ça vous plaît malgré le fait que ce soir court =/. Gros bisouus à bientôt mes lectrices <3.